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N'allez pas voir "Wu Ji". Pourtant je suis un public facile quand il s'agit de fantastique, chinois ou autre. Mais c'est difficile de fermer les yeux sur du trop mal joué (ou dirigé), des images de synthèse pas assez travaillées, des acteurs qui, au vu de leurs photos hors tournage, n'ont pas été sublimés et une histoire qui a été massacrée. Pourtant les vêtements flottaient magnifiquement, les couleurs chantaient de partout et les héros volaient comme des oiseaux. Mais bon... Dans le même genre "Tigre et dragon" ou "Heroes" étaient infiniment mieux.
A tenter de concilier l'esthétique asiatique et les codes narratifs occidentaux on obtient facilement de la bouillie. A l'exercice de ce mariage délicat un seul reste, malgré les années, au-dessus du lot. Les films d'Akira Kurosawa, "Kagemusha", puis "Ran", moins fantastiques et sans trucage numérique, planent dans les sphères supérieures tout comme ces héros aux pieds légers. Aujourd'hui encore Ran est un choc visuel. Chaque plan est un tableau, chaque scène, qu'elle soit bataille ou discussion, est d'une minutie où rien, ni le timing, ni les gestes et les emplacements ne sont négligés. Considéré à sa sortie comme violent, son histoire, inspirée du Roi Lear de Shakespeare, est tragique de bout en bout et sans rémission. La dernière bataille, terriblement sanglante, pourrait rebuter, mais à y regarder de plus près, dès qu'on détaille posément les plans, on prend la distance nécessaire pour voir ces figurants couverts de litres de colorant rouge agonisant comme dans les peintures. Ran reste un chef d'oeuvre, peut-être trop théâtral au goût de certains, mais grandiose, excessif et cruel comme seule la vision d'un dieu peut l'être.

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( images extraites du film "Ran" d'Akira Kurosawa, 1986)