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…..et pourtant il fait beau. Nous filons sur le périphérique sud. Devant nous grandissent les immeubles et l’impression exaltante d’être ailleurs, loin dans une ville étrangère. Nous allons voir des amis, j’ai des courses à faire, mais la même question revient toujours : pourquoi as-tu fait ça ?
Tu vivais dans la même ville, tu t’es promené dans ces rues, ces magasins. Tu as vu aussi ces perspectives futuristes, le soir, quand tu filais sur ta moto au milieu des embouteillages. On avait des amis en commun, des soirées, des phrases et des idées partagées. Mais quelque chose a fait qu’aujourd’hui j’apprécie la sérénité du ciel au-dessus de la cohue et pas toi.
Téléphoner ! Parler, te dire d’attendre, c’est seulement un mauvais moment à passer, après il fait toujours beau. Il faut juste tenir un jour de plus. Regarde, aujourd’hui c’est merveilleux, ça valait la peine de surmonter ces angoisses, non ?
... Trop tard... comment j’ai pu l’oublier ?

A quoi as-tu pensé dans les dernières minutes, qu’est-ce qui a basculé dans ton univers qui était presque le mien ? Est-ce que nous aussi nous côtoyons tous les jours ce manque qui, pour toi, a fait la différence ?
Elles sont bien amères les conversations que je me tiens à présent, bien pitoyables les belles phrases et les grands sentiments. Ils leur manquent un interlocuteur qui, sûrement, m’aurait écoutée sans que j’atteigne ses pensées. A te parler sans cesse, j’en oublie que ta vie n’était pas la mienne, que je ne pouvais pas en disposer. Et que tu es déjà du passé. Ton geste a dépassé nos petitesses. On ne sait pas tout dire, on ne peut pas tout expliquer mais on peut être par ce qu’on fait.
Je ne suis pas la seule à t’en vouloir. Tu nous as volé le plaisir de t’aider et la satisfaction imbécile de se dire qu’on t’aurait tiré d’un mauvais pas. Sauver une vie avec des mots ! Quelle gloire !
Car il nous reste seulement les « j’aurais pu, j’aurais dû». Tout s’arrête là. On n'a rien vu, rien senti et rien compris. On t’en veut car tu as fait un choix qui n’est pas le nôtre, nous qui restons à faire l’effort de tenir jour après jour. Tu n’as pas été solidaire sur ce coup là, tu te l’aies joué perso comme diraient certains.
Grâce à toi je n’ai plus de souci, juste un poids énorme qui m’écrase. Mais il faut savoir être beau joueur, surtout quand on a beaucoup perdu. Va donc, et puisque c’est ce que tu as voulu, je n’ai plus rien à en penser.