Livres

En faisant mon choix rituel de livres à ma bibliothèque de quartier, une question s'est imposée : le goût de la lecture est-il en rapport avec la perception du temps ? Je ne veux pas dire a-t-on plus envie de lire quand il pleut, mais lit-on davantage quand on a l'aptitude à se projeter dans l'avenir ?
Devant les titres et les auteurs connus, évocateurs ou juste tentants, j'ai eu un sentiment euphorique de voyage, de nouveauté, de perspectives inexplorées. Et c'est toujours de cette manière que je vois les livres. Et lorsque je les ai parfois dédaignés, cela correspondait à des moments plus terre-à-terre, des moments envahis d'occupations présentes qui ne laissaient pas de temps aux pensées d'avenir. Et inversement mes grandes périodes de boulimies livresques précédaient ou étaient d'intenses périodes de projets.
Cependant on peut dire l'inverse aussi, que lire c'est se couper du monde, se mettre entre parenthèse, exister par intermédiaire. On est donc bien loin de l'envie de projets. Mais le temps de la lecture ne serait-il pas ce temps de latence entre l'idée d'un projet et son exécution ? Tous ces possibles théoriques que sont les livres sont un peu nos possibles, toutes ces fenêtres ouvertes, même passéistes, fantasmagoriques ou horribles, sont un peu nos intentions d'ouverture, et c'est presque les vivre que de les lire, ou du moins c'est en avoir envie. Lire serait donc une forme de désir, et désirer c'est se projeter. Donc le goût de la lecture serait une projection dans le temps ? Bon d'accord, d'un cas particulier j'en tire une généralité, mais quand même... ça me pose question.