Goury3

(Goury, Cotentin, oct 06)

Je viens de retrouver l'album de Malicorne "Le bestiaire" dont les rythmes et les sons peu radiophoniques sont empreints du souvenir de ma seule "fugue". Mes seize ans jamais sortis de chez papa-maman ont eu brusquement besoin d'air et sur un coup de tête, je suis partie dans une ferme de la Hague en compagnie de thésards soixante-huitards courbés sur la terre le jour, joyeusement délurés la nuit, à fouiller la poussière millénaire des abords du plus petit port de France. C'était ma première expérience de vie en communauté, de cuisine ("Demain c'est ton tour, on sera vingt à table. Tu sais ce que tu vas nous faire?") de fouilles archéologiques et de gens différents de mon milieu. J'avais menti sur mon âge et mon niveau d'études, j'avais menti à mes parents en prenant soin de m'occuper des formalités, j'ai menti sur place par omission pour ne pas montrer tout ce que je ne savais pas. J'ai vécu ce moment avec passion et légèreté, mignonne ingénue que j'étais alors. Ces chansons anciennes de Malicorne, jamais réécoutées depuis, c'est le souvenir d'une poussière chaude d'été, d'un tas de choses incompréhensibles pour moi alors, et d'un petit lézard qui, un matin, attendit mon réveil posé sur le rebord de la couverture, le bout de sa langue pas loin de la mienne.