06 octobre 2008
La Nuit blanche, ou le bel enthousiasme des parisiens.

("Spectra" de Ryoji Ikeda, Paris oct 08)

("Spectra" de Ryoji Ikeda, Paris oct 08)
La Nuit blanche est un événement artistique fantastique, et c'est un vrai plaisir de voir se manisfester autant d'intérêt et de curiosité autour de l'art contemporain. La preuve en est, sa fréquentation et son exportation en augmentation constante.
Seul bémol, à trop vouloir bien faire la mairie de Paris en fait peut être un peu trop. D'une promenade-plaisir-découverte cette date devient un marathon-performance-éprouvant. Il en faut de l'enthousiasme pour cavaler d'un point à l'autre, dans un métro plus bondé qu'un jour de grève, pour atterrir sur des files d'attente longue comme la nuit ou sur un site pérenne qu'on aura le loisir de voir tranquillement au grand jour. Bien sûr il faut disperser les milliers de visiteurs sur un maximum de sites afin de fluidifier la circulation et la visibilité, mais pourquoi enfermer la plupart des créations dans des lieux trop petits ? Un conseil pour l'année prochaine : les installations extérieures sont à privilégier. Malgré tout, cet inconvénient ne compte pas en regard de cette nuit féerique, pleine de gaité et de découverte... même si elle laisse un sentiment de frustration en pensant qu'on ne verra pas tout.
A noter (entre autre) cette année, l'installation lumineuse du Japonais Ryoji Ikeda au pied de la Tour Montparnasse, extraordinaire par sa simplicité, son impact et son intégration hallucinante dans le paysage et l'esprit urbain.
03 octobre 2008
Jeff Koons, l'invité de Louis XVI

(Balloon Dog (magenta) de Jeef Koons, Versailles oct 08)
Jeff Koons à Versailles. Enthousiasme pour les uns, scandale pour beaucoup d'autres. Je ne défendrais pas ici la brillante idée de faire cohabiter anciens et modernes sous les mêmes dorures, principe qui ne peut qu'ouvrir les yeux et l'esprit. J'ajouterai juste mon grain de sable en disant qu'il ne pouvait pas y avoir de lieu plus adéquat à tant d'humour intelligent et clinquant.
Car à bien y regarder cette expression du kitsch contemporain n'est pas si éloigné des lustres du château. On pourrait même supposer que le personnage en lui-même, ainsi que ces œuvres voyantes et démesurées, n'auraient pas déplu à Marie-Antoinette, plus excentrique et en recherche de nouveautés que son roi de mari. Versailles n'a pas toujours été un palais/musée, bien au contraire. Si c'était, dans tous les domaines, le centre névralgique de la France, c'était là aussi où tout tendait vers l'originalité, le plaisir... et les jeux de l'esprit. Et d'esprit, drôle et réflexif, les œuvres de Jeef Koons n'en manquent pas, n'en déplaise aux vagues de touristes apathiques qui passent, l'œil rivé sur le guide, sans relever cette autre culture qui cohabite pour l'édification du leur. Et la preuve de la cohabitation réussie de ces deux époques, trois œuvres se fondent dans le décor, passant inaperçues pour la plupart des visiteurs (à vous de voir). Certains ont-ils pu supposer que Louis XVI pouvait avoir cet air de bellâtre arrogant ? C'est possible.
Je regrette une chose : que la démarche n'est pas été jusqu'au bout en exposant, dans de lourds cadres dorés comme il se doit, les œuvres de Jeef Koons en position "charmante" avec son ex-femme la Cicciolina. Elles se seraient magnifiquement accordées aux représentations classiques des bacchanales de dieux et de déesses, ou des scènes de paradis pas toujours très sages sous leur verni. Cela aurait été une belle occasion, pour les groupes scolaires, de faire une étude comparative sur le nu dans l'art (encore une occasion manquée d'éduquer à l'image autrement que par la pub trash mais passons, ceci est un autre sujet...).
Mais il ne faut pas bousculer trop vite les institutions et le goût du public. La preuve, cet emballage fait de galon doré, de velours rouge et de cage de verre pour ces œuvres trop grandes à digérer, comme pour limiter l'effet "tache dans le décor". Voyons cela de manière positive : il y a encore de la pusillanimité dans notre époque pourtant si débridée et c'est tant mieux : c'est autant de portes qui restent à ouvrir.

(Jeef Koons et Ilona)
(J'ai choisi la plus "mignonne", je vous laisse découvrir les autres par vous-mêmes :=)))




