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( AFP/Archives : Photo du jeune résistant communiste Guy Môquet sur la lettre qu'il écrivit en 1941 à ses parents avant son exécution )

Ta lettre toute simple et pleine d'affection devient tout à coup un pavé plus important que les revendications sociales que tu aurais peut-être soutenues. Lancé en pleine cour d'école par des pensées moins bien inspirées et certainement moins désinteréssées que les tiennes, il n'en finit pas de soulever une polémique qui n'a pas lieu d'être. "Hors sujet !" pourraient s'insurger les professeurs sommés d'oublier le programme, sous peine de s'attraper une mauvaise conscience, alors qu'il y a déjà tant à faire.
Pas de chance pour ta lettre. Jeune icône, appartenant à un parti jugé sans importance maintenant, t'embrigader de force ne prête pas à conséquence autre que favorable. Jeanne d'Arc est déjà réquisitionnée, Geneviève appartient à la capitale et les grands Hommes de l'Histoire sont trop engagés politiquement pour servir une deuxième fois. Voici donc ta lettre d'adieu, destinée à quelques yeux intimes, étalée en place publique pour servir la cause civique. Civique, et non pas politique car qui oserait dire qu'il y a ici appropriation d'un parti puisqu'il n'y a pas d'enjeu à gagner dans un futur immédiat ? Ta lettre, destinée à consoler, est devenu un drapeau brandi bien haut qui divise avec regret. Ton intention était tout autre, vois ce que le pouvoir d'un seul en a fait. Mais n'ayons pas trop d'amertume, car si tu étais, aujourd'hui, lycéen manifestant, tu serais malmené tout autant.