27 septembre 2007
Debout les crabes

(Baie des Veys, Manche, sept 07)
Si je dis : 109, 111, 107 ? Non, ce ne sont pas mes mensurations ! C'est la perspective d'une grande perspective vue les pieds dans l'eau. Grande marée, quel que soit le temps, garez-vous les huîtres : on arrive !
25 septembre 2007
Langueur ou douceur ?

(Sous-bois de la forêt de Chantilly, Oise, oct 03)
Beaucoup dépriment à l'arrivée de l'automne : ciel bas, feuilles qui tombent et lumière en baisse, tout retourne à la terre. On a le sentiment du début de la fin, on sent comme une odeur de moisissure qui n'est pas que celle des champignons. Pourtant on peut aussi voir cette saison comme une invitation à la méditation, au cocooning, à tout ce qui est réflexif et douillet. Comme une préparation à une hibernation tranquille que l'on ne fera jamais.
23 septembre 2007
Les Champs Celtiques

(Défilé Breizh Touch sur les Champs-Elysées, sept 07)
La région Bretagne est venue se montrer à Paris. Le but de ce festival de trois jours était de mettre en valeur son dynamisme économique. Au final elle a défilé sur les Champs-Elysées dans tout le déploiement de son folklore entraînant derrière ses groupes, d'autres, venus d'Ecosse, d'Irlande, du Canada et d'Espagne. Une ambiance à réveiller les morts, propre à ranimer l'enthousiasme des bretons de la capitale.
J'ai un nom breton, une branche de la famille faite de pêcheurs dans la plus pure tradition, et une éducation musicale basée sur le biniou et la cornemuse. Pourtant, malgré mon goût pour le folklore, les légendes et les particularités régionalistes, quelque chose m'arrête dans l'intérêt que je porte à cette région. A fréquenter de près les Bretons, on sent, dans le fanatisme dont ils entourent leurs racines, comme un regret fortement teinté d'amertume mal définie. Mais après quoi soupirent les Bretons ? Après leur passé de région pauvre ? Après leur langue pourtant pas encore disparue ? Après leurs paysages régulièrement envahis et dénaturés par le tourisme rémunérateur ? Ceux qui partaient au loin, autrefois, avaient au coeur la nostalgie du pays. Les Bretons d'aujourd'hui ont la nostalgie collée à la peau, comme si la Bretagne n'était rien de moins que le paradis perdu. Un sentiment curieusement persistant et en contradiction avec leur désir de modernité.
21 septembre 2007
Des milliers pour une seule

(La pyramide du Louvre, photo de Corinne Vionnet)
Une réponse possible aux amis photographes sur l'idée de LA photo, celle que l'on distingue, que l'on sent sans commune mesure parmi toutes celles qui défilent régulièrement sous nos yeux.
Il s'agit ici du travail d'une amie artiste photographe, Corinne Vionnet. En fait, elle n'a pas fait une photo époustouflante. Elle a juste réfléchi sur une idée simple : la photo touristique. Qui n'a pas voyagé sans prendre un cliché du monument ou du lieu représentatif du pays visité ? La réponse est sur le net : tapez "Tour Eiffel", "Tour de pise" ou n'importe quel nom de monument connu et vous serez submergé par le nombre de clichés. Surtout, ils auront ceci de particulier d'avoir été pris sous le même angle, presque au même endroit. Des milliers d'intentions, de gestes et de souvenirs semblables qui sont une seule manière de dire "j'étais là moi aussi".
Corinne a donc collecté sur le net, pour chaque lieu statisquement les plus connus, une cinquantaine de clichés. Elle les a superposés pour, au final, obtenir une seule photo. Du cliché ordinaire on est passé à l'essence même de la représentation de chacun de ces lieux, devenus dans notre mémoire collective, des symboles.
Une idée et un résultat "géant" qui mériterait de voyager partout dans le monde. Car finalement, ce travail unique et cette idée magnifique, c'est aussi le travail et la vision de tous. A l'heure de la pensée universelle, voici la photo universelle.
(Pour un texte plus développé, cliquez sur infos)
19 septembre 2007
Robeeeert !

(Lapin géant, photo AFP)
La nouvelle n'est pas fraîche mais je viens seulement d'en voir une photo. Au premier coup d'oeil j'ai pensé à un article sur Tchernobyl, puis à un trucage, ou alors une super peluche (mais la tête du gars ne collait pas). En fait, voici Robert-le-lapin-géant, dans les bras de son éleveur allemand Karl Szmolinsky. Une déléguation de l'ambassade nord-coréenne, trés intéressée, s'est déplacée pour le voir : Robert et sa progéniture pourraient aider à faire face à d'éventuelles famines. Depuis, Robert est une vedette.
En tout cas, pour avoir apprécié la force et la vivacité des pattes arrières d'un petit lapin ordinaire, je ne me risquerai pas à porter un Robert de 10kg.
16 septembre 2007
"Faites la fête" et fuck la planète

(Techno Parade, boulevard Beaumarchais, Paris, Sept 07)
J'aime bien la musique techno (entre autre), les rassemblements festifs, les défilés dans Paris, je suis, comme tout bon citoyen bien pensant, pour les grandes causes positives : bref, j'aurai du être pour la Techno Parade.
C'est vrai que de voir tant de jeunes d'un coup, c'était enthousiasmant comme une manif nostalgique, qu'il y avait plein de coiffures marrantes teintes en vert, quelques costumes voyants, que je connais enfin cette nouvelle danse (la Tecktonik) qui fait fureur et qui peut être étonnante quand elle est harmonieuse, que j'ai réussi à reconnaître quelques musiques malgré le niveau sonore parfaitement inaudible, que j'ai parfois souri devant les déhanchements exaltés de sauticots aux pantalons en chute libre. Et puis trés vite on remarque les regards morts et les machoires serrées, les bouteilles presques vides à bout de bras, les mouvements de foule pour éviter les bastons. On se dit "c'est dommage", surtout à la fin, quand il ne reste qu'une mer de déchets et de débris de verres qui laisse place à la violence, aux malaises et aux comas éthyliques, au milieu des sirènes de pompiers, juste avant la vague incontournable des balayeurs de la ville. J'oubliai : il y avait un thème pour justifier cette parade dont la musique n'a plus rien de marginale. C'était "Fête la planète !", qui habillait les chars autour de l'idée de l'eau, de l'environnement, de la sur-consommation et de la pollution. Mais tout ça, c'était sûrement de l'humour... Quelle bande de déconneurs ces teufeurs !
A voir aussi chez "P@sc@l","Cédric", "Francis" et "Tatiana"
13 septembre 2007
Libera

En faisant mon choix rituel de livres à ma bibliothèque de quartier, une question s'est imposée : le goût de la lecture est-il en rapport avec la perception du temps ? Je ne veux pas dire a-t-on plus envie de lire quand il pleut, mais lit-on davantage quand on a l'aptitude à se projeter dans l'avenir ?
Devant les titres et les auteurs connus, évocateurs ou juste tentants, j'ai eu un sentiment euphorique de voyage, de nouveauté, de perspectives inexplorées. Et c'est toujours de cette manière que je vois les livres. Et lorsque je les ai parfois dédaignés, cela correspondait à des moments plus terre-à-terre, des moments envahis d'occupations présentes qui ne laissaient pas de temps aux pensées d'avenir. Et inversement mes grandes périodes de boulimies livresques précédaient ou étaient d'intenses périodes de projets.
Cependant on peut dire l'inverse aussi, que lire c'est se couper du monde, se mettre entre parenthèse, exister par intermédiaire. On est donc bien loin de l'envie de projets. Mais le temps de la lecture ne serait-il pas ce temps de latence entre l'idée d'un projet et son exécution ? Tous ces possibles théoriques que sont les livres sont un peu nos possibles, toutes ces fenêtres ouvertes, même passéistes, fantasmagoriques ou horribles, sont un peu nos intentions d'ouverture, et c'est presque les vivre que de les lire, ou du moins c'est en avoir envie. Lire serait donc une forme de désir, et désirer c'est se projeter. Donc le goût de la lecture serait une projection dans le temps ? Bon d'accord, d'un cas particulier j'en tire une généralité, mais quand même... ça me pose question.
11 septembre 2007
Temps anciens

(Goury, Cotentin, oct 06)
Je viens de retrouver l'album de Malicorne "Le bestiaire" dont les rythmes et les sons peu radiophoniques sont empreints du souvenir de ma seule "fugue". Mes seize ans jamais sortis de chez papa-maman ont eu brusquement besoin d'air et sur un coup de tête, je suis partie dans une ferme de la Hague en compagnie de thésards soixante-huitards courbés sur la terre le jour, joyeusement délurés la nuit, à fouiller la poussière millénaire des abords du plus petit port de France. C'était ma première expérience de vie en communauté, de cuisine ("Demain c'est ton tour, on sera vingt à table. Tu sais ce que tu vas nous faire?") de fouilles archéologiques et de gens différents de mon milieu. J'avais menti sur mon âge et mon niveau d'études, j'avais menti à mes parents en prenant soin de m'occuper des formalités, j'ai menti sur place par omission pour ne pas montrer tout ce que je ne savais pas. J'ai vécu ce moment avec passion et légèreté, mignonne ingénue que j'étais alors. Ces chansons anciennes de Malicorne, jamais réécoutées depuis, c'est le souvenir d'une poussière chaude d'été, d'un tas de choses incompréhensibles pour moi alors, et d'un petit lézard qui, un matin, attendit mon réveil posé sur le rebord de la couverture, le bout de sa langue pas loin de la mienne.
07 septembre 2007
Être ou pas

(Galerie du Palais Royal, mai 07)
Le cliché veut qu'avec le temps on reste capable d'assumer ce qu'on a fait. Qu'il n'y ait pas, dans les recoins de la mémoire, de fautes impardonnables, d'actes impossibles à oublier, de paroles désastreuses. On voit comme un idéal de rester sans tâche, d'avoir, selon l'expression, mené honnêtement sa barque. Mais n'est-ce pas plutôt tout ce qui n'a pas été fait qui devient lourd à porter, tout ce pour quoi on était doué au départ et qui, au fil de nos histoires compliquées, s'est trouvé embourbé dans nos marécages intérieurs ? Celui qui s'est fourvoyé dans l'action n'est peut-être pas tant à plaindre ou à incrimer que celui qui n'a rien tenté. Car celui-là est une victime sans malheur, sans bourreau et sans sauveur autre que lui-même.
05 septembre 2007
Le marronnier du mois

(Nature morte en mouvement)
Un sujet rabâché : la rentrée. Tournons vite cette page qui paraît matériellement bien lourde pour la génération actuelle. Alors que mon souvenir s'arrête sur l'odeur de la trousse et du cartable, de quelques cahiers à emballer dans leurs pochettes plastiques colorées et des livres à recouvrir de transparent, j'ai vu des petites mains s'activer sur une montagne de classeurs, feuilles, intercalaires, transparents, œillets, cahiers grands et petits qu'il fallait déjà annoter, crayons de toute la gamme plus des broutilles pas anodines pour le porte-monnaie. Alors que, naïve, je déclarais : "C'est bon, vous avez tout maintenant", on me répondait: " Ben non, les profs ont toujours un truc à rajouter pour leur matière". Si l'adage "Un bon ouvrier a de bons outils" marchait pour l'école, il n'y aurait que de bons élèves.




