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( La Cowparade à Paris. La vache de Chantal Thomass, avenue François 1er)

Quand je reviens de Normandie il me faut toujours un temps de réadaptation à Paris. Réapprendre à marcher dans la rue sans se faire halpaguer, à se faufiler sans heurt dans une foule, à respirer sans y penser les émanations du métro, des voitures, des poubelles et des gens parfois. Composer avec le meilleur et le pire pour se dire, finalement, qu'on pourrait être plus mal ailleurs. Mais cette fois deux éléments m'ont aidé à sortir de ma tanière: le beau temps et les vaches.
Heureux mariage que ce défilé de vaches multicolores éparpillées dans les rues de Paris sous un soleil enfin bien réel. Cette Cowparade est une manifestation d'art contemporain qui a plusieurs mérites: elle est internationale et collective, elle fait descendre l'art contemporain de son piédestal en le rendant abordable, c'est gratuit et rigolo. Bon, l'aspect art contemporain vole plutôt aux ras des paquerettes, car la plupart des oeuvres ne dépasse pas le stade de l'objet décoratif, mais ces autres mérites suffisent à fermer les yeux : c'est fun, sympathique et désintéressé puisque l'argent de la mise aux enchères finale ira à l’Africa Alive Foundation, qui se bat contre la malnutrition et le SIDA en Afrique, et pour le Programme Alimentaire Mondial.
En deux heures de marche j'ai donc croisé la route de 31 vaches, debout, couchées ou broutant. Il a fallu louvoyer entre les motos et les scooters garées jusque dans leurs pattes, le mobilier urbain envahissant, les ouvriers, les collectionneurs du rond point des Champs Elysées et les badauds qui s'arrêtaient pour tailler le bout de gras en s'appuyant presque sur leurs flans. J'ai négocié mon temps de pose avec la mamie dubitative armée de son argentique, le professionnel, plus lent, avec tout son matériel, les touristes qui se marraient et beaucoup de parisiens venus consciencieusement, comme dans une salle d'exposition, faire le tour de chaque vache et lire chaque notice associée. Et si j'ai retenu celle de Chantal Thomass, installée dans la rue des grands noms de la couture, c'est parce qu'au moment où je prenais la photo, une jeune femme bien habillée est passée est disant "C'est une honte, vraiment!". J'en ai déduit qu'elle devait porter ce genre de dessous et qu'en voir une vache affublée la perturbait grandement. Moi je l'aime bien, cette petite vache déjà abimée par d'autres mal-pensant, c'est l'une des plus fantaisistes que j'ai vue aujourd'hui. Mais il m'en reste encore plus de 120 à trouver.
plus d'infos sur: http://www.vach-art.fr