yeux
(photo prise par un ami au réveil)

On me demande souvent comment je travaille, combien de temps je passe sur une toile et surtout qu'est-ce qui est le plus difficile à faire. Questions insolubles car je n'ai pas de méthode à mettre à plat, je n'ai aucune notion du temps quand je travaille et le plus difficile n'est pas dans ce qui se fait.
Le plus dur, dans la création mais aussi dans toutes les formes d'action personnelle, c'est de terminer, de conclure le parcours et de se dire enfin: "C'est bon, c'est fini". Déjà, comment savoir si c'est fini quand il n'y a ni critère de validation, ni attente, ni échéance? Comment oser affirmer que le travail est abouti ? Et puis cela signifie que, puisque c'est terminé, il faut passer à autre chose. On n'est plus tranquille tout seul bien au chaud avec sa petite idée. Car une fois que la dernière touche est mise, elle ne nous appartient plus. L'oeuvre, ou la démarche, quitte le cocon confortable de notre intériorité pour être exposée, critiquée, rejettée ou enlevée. On commence dans l'exhaltation, on continue dans l'effort mais on traine à finir car l'achèvement met en situation de risque. On se met au pied du mur et forcement on risque l'échec. L'impossibilité de finir quelque chose est souvent vécue mais mal interprétée. On préfère dire "Je n'ai pas eu le temps, ce n'était pas intéressant, il me manque l'argent pour..." et des tas d'autres raisons qui cachent la vérité: la fin fait tomber le masque qui nous révèle... et ça fait peur.