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( Marie au bord de l'eau à Quinéville)

Ça ressemblait à une chanson de Bénabar, "Les repas du dimanche midi...", et aussi à une chanson de Michel Jonaz, "On allait au bord de la mer..." mais ça se passait bien avant qu'elles soient écrites, mes dimanches en famille. Ça commençait par le repas du midi devant "La séquence du spectateur" que nous regardions sans poser les yeux sur nos assiettes. Puis on prenait la N13, direction Montebourg. On arrivait toujours à la même heure dans la petite maison de bourg de ma grand-mère. Mes oncles et tantes étaient déjà là, qui trainaient un peu à entrer dans leur vie d'adulte. Les années 70 étaient en pleine euphorie et mes parents étaient bien jeunes.
Le gâteau à peine avalé, j'allais jouer avec ma soeur et le chien dans le jardin, la horde de mes cousins n'étant pas encore née.
Les jours de pluie on s'ennuyait devant "Dimanche Martin". Je poussais à la promenade: si on tenait jusqu'à "L'école des fans", c'est que le mauvais temps avait eu raison de l'énergie des grands et qu'on ne sortirait pas. Enfin on s'entassait dans les voitures, direction la mer. On marchait un moment sur les longues plages grises du débarquement, en ramassant les os de seiches pour les canaris de ma grand-mère. Puis on allait se réchauffer dans l'unique café désert planté au bord de la plage. On regroupait les tables, on remplissait la moitié de la salle à nous tous. Chacun buvait son verre en silence, pour moi un Orangina, qui avait du goût et beaucoup plus de bulles que maintenant. Puis j'entendais, venant du logement privé du propiétaire, le générique des "Sentinelles de l'air". Je m'efforçais de ne pas pleurer, il aurait fallu expliquer et on n'aurait pas compris. Tous les dimanches je pressais le mouvement pour partir et pour rentrer à temps voir ma série, et tous les dimanches je vivais une frustration intense en entendant la bande son dans un bar quelconque.
On retrournait chez ma grand-mère, dernières embrassades et chacun s'éparpillait. De retour au bercail, on retrouvait notre place à table devant la télé. Le chronomètre stressant de "Stade 2" clôturait la journée, il était temps de finir les devoirs pour le lendemain. A voir de loin, je sens l'ennui de ces dimanches qui n'en finissaient pas, monotones et toujours pareils. Ils ont duré des années, j'ai fini par les haïr et les fuir. Aujourd'hui, toutes les images qui s'y rattachent, mélange de gris, de télévision et de famille, même teintées de longueurs insupportables, n'en font plus qu'une seule, celle du souvenir.