cindy
( sans titre n°90, 1984)

Après Nan Goldin et Désirée Dolron, voici une autre femme photographe, Cindy Sherman.Tour à tour sensuelle, dérangeante, énigmatique, engagée, poussant parfois sa vision jusqu'au cauchemardesque, Cindy s'est souvent servie d'elle-même pour évoquer l'idée et l'image de la femme. Par des mises en scène et des déguisements, elle a commencé par jouer sur les clichés autour de "blonde", starlette ou femme d'intérieur. En s'inspirant des medias et de la pop culture elle scénarise des vies de poupées faussement désinvoltes. Très vite reconnue par le marché de l'art, elle s'éloigne peu à peu du discours féministe de ses premiers travaux. Dans les séries couleurs "Fairy Tales et Disasters", elle n'est plus l'unique modèle de ses photographies. Proches du fantastique et du grotesque, ces images sont crues : des corps morcelés de poupées ou de prothèses gisent au milieu de moisissure, vomi et autres substances inspirant le dégoût. Vers 1988 elle réapparaît comme modèle dans la série History Portraits, où elle reconstitue des tableaux de maîtres. En 1992, dans la série "Sex Pictures" elle disparait de l'image, laissant la place à des poupées disloquées, disposées dans des postures érotiques photographiées en gros plan.
Cindy Sherman s'est penchée également sur les film stills (comme extraits du scénario d'un film), les centerfolds (pages centrales des magazines), la photographie de mode, les portraits historiques ou les images érotiques… Aujourd'hui elle s'intéresse au cinéma. En 1996, dans Office Killer, son premier long métrage, une secrétaire dévouée assassine ses collègues de bureau. Et un cinéaste s'est intéressée à elle, Bertrand Bonello, avec le court métrage "Cindy, the doll is mine", sorti en 2005, qui nous plonge dans l'univers de la photographe et donc dans celui des poupées qui font peur...